Plus le temps paraît long, plus une douleur semble intense. C’est ce que viennent de montrer des chercheurs de l’Inserm en soumettant des volontaires à différents tests. Cela pourrait en partie expliquer pourquoi les douleurs chroniques sont moins bien supportées que les douleurs aiguës.

Plus le temps semble long, plus une douleur parait sévère. C’est en substance le résultat d’une étude menée par des chercheurs de l’Inserm, pour tenter de mieux comprendre ce qui influence la sensation douloureuse. « Nous savons déjà que l’anxiété ou les expériences douloureuses antérieures modifient le ressenti de la douleur mais nous savons très peu de choses sur l’aspect temporel des choses » explique Roland Peyron, coauteur des travaux (Inserm U1028).

Des volontaires leurrés sur le temps qui passe

Pour en apprendre plus sur cet aspect, l’équipe a soumis 24 volontaires âgés de 22 ans en moyenne à une petite expérience. Les chercheurs ont appliqué une source chaude douloureuse sur le dos de leur main gauche alors qu’ils été placés successivement devant deux horloges dont les aiguilles ne tournaient pas à la même vitesse : l’aiguille de la première horloge faisait le tour complet du cadran quand l’aiguille de la seconde ne faisait que les trois quart du tour. « Les volontaires étaient ainsi leurrés sur le temps écoulé » clarifie le chercheur.

Les chercheurs ont appliqué la source de chaleur pendant 15 secondes, puis ils ont renouvelé l’expérience pendant 30 secondes. A l’issue de chaque test, les volontaires évaluaient le niveau de douleur ressenti sur une échelle de 1 à 10.

L’appréhension de la douleur de longue durée

Les chercheurs ont constaté qu’en cas de douleur brève (15 secondes), l’observation du temps qui passe n’a aucune influence sur l’intensité ressentie. En revanche, quand la sensation douloureuse est plus longue (30 secondes), le fait d’attendre le tour complet de l’horloge crée une certaine appréhension et augmente la sensation douloureuse.

Les chercheurs ont confirmé ces différences grâce à l’analyse du fonctionnement cérébral des volontaires par imagerie médicale (IRM). En cas de douleur longue (30 secondes), ils ont constaté « l’allumage » de zones particulières du cerveau. « Ces allumages présentent certains points communs avec ce que nous observons chez des personnes qui regardent des scènes douloureuses » explique le chercheur. « C’est comme si la perception visuelle dans son ensemble influençait l’intensité de la douleur » conclut-il.

Pour le chercheur l’effet de la perception du temps pourrait contribuer à expliquer pourquoi les personnes qui souffrent de douleurs chroniques supportent souvent moins bien la douleur que les personnes soumises à une douleur aiguë.

Source : Inserm

R. Peyron et coll. Modulations of pain sensations. Clinical Neurophysiology (2012) 42, 293—298.

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