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Stérilité : faut-il changer la loi ?

Dans le cadre de l’examen du projet de loi portant sur l’évolution des méthodes de procréation médicalement assistée (PMA), auFeminin.com a consulté ses internautes lors d’un grand sondage*. Si 82% des sondés seraient « contre » choisir le sexe de l’enfant, 64% seraient « pour » le recours aux mères porteuses. Le Dr Muriel Flis-Trèves, psychiatre et psychanalyste commente et analyse ces résultats.

La PMA enfin accessible à tous ?
Cette enquête révèle tout d’abord la grande liberté de ton des internautes. Ainsi, aux questions de l’accès des couples homosexuels aux techniques de PMA, 52% des répondantes sont pour, tandis que 60% sont favorables à ce que les femmes seules puissent également y accéder. Il est important de rappeler qu’en France, la PMA est uniquement réservée aux couples hétérosexuels, mariés ou vivant ensemble depuis au moins deux ans. Cette condition pourrait être assouplie lors de l’examen du projet de loi actuellement en cours, qui propose d’élargir les conditions d’accès aux couples hétérosexuels pacsés (et non plus impérativement mariés). Les résultats du sondage prouvent ainsi que les internautes semblent prêtes à suivre le chemin de certains de nos voisins européens (Belgique, Espagne ou encore Pays-Bas) chez qui l’accès aux méthodes de PMA n’exclut pas les couples homosexuels.
D’un autre côté, 68% des répondantes désirent qu’une limite d’âge soit fixée pour la fécondation in vitro et l’insémination artificielle, afin de « respecter les lois de la nature » ou, du moins, de les contourner le moins possible ! Ce résultat est surprenant, dans le sens où il semble aller à l’encontre de ce désir exprimé de voir avancer les méthodes et les accès à la PMA. En France, pour rappel, l’âge limite permettant à une femme de bénéficier de ce type d’aide est de 43 ans.

Don de gamètes : un encadrement nécessaire
Concernant le don de gamètes (spermatozoïdes et ovocytes), 78% des internautes trouvent normal que ce dernier soit encadré par une réglementation adéquate. C’est le cas aujourd’hui en France, avec la loi de bioéthique datant de 1994, qui fixe juridiquement les méthodes d’aide à la procréation. Elle était, jusqu’à présent, révisée tous les 5 ans, mais le récent projet de loi propose de lever cette clause.
Notons également le résultat à la question portant sur la possibilité de disposer du sperme d’un homme après sa mort : 70% des répondantes sont pour. Certains d’entre eux ont probablement suivi l’émouvante affaire Fabienne Justel, du nom de cette femme qui souhaitait pouvoir disposer du sperme de son conjoint décédé, afin de procéder à une insémination artificielle. En juin dernier, la Cour de justice a cependant rejeté sa demande en s’appuyant sur la loi française actuelle, qui stipule que « le décès fait obstacle à l’insémination».
Et, en ce qui concerne le fait de devenir soi-même donateur, 61% déclarent qu’en cas de désir parental assouvi, elles seraient prêtes à donner leurs embryons congelés à un autre couple ou à les offrir à des fins scientifiques. Aujourd’hui, en France, la recherche sur l’embryon est interdite par la loi, alors que le don à un couple est autorisé sous certaines conditions.

64% des internautes « pour » le recours aux mères porteuses
Ce sujet est, sans aucun doute, celui qui divise les foules… même si les résultats du sondage ne le montrent pas vraiment ! En effet, 64% des internautes s’estiment « pour » le recours aux mères porteuses. Une véritable ouverture d’esprit sur un sujet encore tabou dans de nombreux pays, tels que la France, qui ne semble pas, pour l’instant, ouverte à cette méthode de procréation. Aux Etats-Unis, aux Pays-Bas ou en Angleterre, la gestation pour autrui est déjà autorisée, chaque pays définissant les limites et les dispositifs pratiques de cette méthode. Car, au-delà du « pour » ou « contre », cette dernière pose plusieurs questions : le droit de recourir à une mère porteuse devrait-il être accessible à tous ou uniquement aux couples stériles ? L’identité de la mère porteuse devrait-elle être connue ou non ? Pourrait-il s’agit d’une personne de l’entourage du couple demandeur ? Autant d’interrogations auxquelles il faudra répondre si, un jour, le recours à la gestation pour autrui était envisagé en France.

Levée de l’anonymat : une question qui divise
Ce sondage révèle également des positions plus partagées, comme la résistance à la levée de l’anonymat dans le cadre du don de gamètes (51% sont contre), un sujet particulièrement relayé par les médias en ce moment. Ce résultat est d’autant plus étonnant au vu des précédentes réponses, puisque les internautes se montrent plutôt ouvertes en ce qui concerne les mères porteuses, qui, elles, ne sont pas anonymes. Alors, pourquoi cette « résistance » ? Est-ce par peur que la levée de l’anonymat n’entraîne une raréfaction des donneurs ? Ou parce que le don de gamètes est moins important, moins « engageant » que le fait de porter un enfant pendant 9 mois ? Il existe une multitude d’arguments, qui pourraient expliquer ces réponses et la révision du projet de loi ira probablement à l’encontre des réticences exprimées dans ce sondage, en autorisant prochainement la levée de l’anonymat lors des dons de gamètes.

Faut-il rémunérer ceux qui aident à donner la vie ?
Donner la vie ou aider à la donner : est-ce un travail ? Voici une question qui pose débat. Car, si la réponse est « oui », la question de la rémunération du don de gamètes ou de la gestation pour autrui risque de se poser. Pas si simple, pourtant ! Et c’est ce que montrent clairement les réponses des internautes : 55% d’entre elles estiment que le don de gamètes (sperme et ovocytes) ne doit pas être rémunéré, alors que 47% pensent, au contraire, que les mères porteuses doivent l’être… Cette contradiction s’explique probablement par l’inconscient collectif, qui pousse à considérer que la grossesse est un vrai « travail », une réelle implication, davantage, en tout cas, qu’un don de spermatozoïdes ou d’ovocytes. Cela mérite-t-il pour autant un « dédommagement » ? Un point qui reste à éclaircir… Pour l’instant, la question ne se pose pas en France, la gestation pour autrui y étant interdite. Quant à la rémunération du don de gamètes, la loi française est claire : « Aucun paiement, quelle qu’en soit la forme, ne peut être alloué à celui qui se prête au prélèvement d’éléments de son corps ou à la collecte de ses produits. » (Code Civil, « Du respect du corps humain », 2004).

Choix du sexe : la réponse est « non » !
L’une des questions posées lors du sondage traitait du choix éventuel du sexe de l’enfant : à 82%, les internautes se sont exprimées contre cette possibilité. Un résultat qui n’a pas étonné la psychanalyste Muriel Flis-Trèves, qui explique : « C’est, en effet, ce que je constate quotidiennement à l’hôpital : la plupart des femmes aiment entretenir cette part de mystère qu’est la grossesse et, souvent, elles ne souhaitent pas connaître le sexe de l’enfant avant la naissance. » Mais il serait sans doute intéressant de poser cette question à des femmes ayant déjà plusieurs enfants du même sexe ou encore aux hommes uniquement. Peut-être que les résultats s’en trouveraient légèrement plus nuancés…

Source : auFeminin.com * lancé en juillet sur son site : plus de 2000 personnes ont ainsi exprimé leur avis en ligne sur différents sujets: l’accès aux méthodes de PMA, le recours aux mères porteuses ou encore la levée de l’anonymat dans le cadre du don de gamètes.

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10 janvier 2011