24hSanté
Suivez nous sur Twitter !Facebook

Phtalates: nouveaux soupçons sur une baisse de la fertilité chez l’homme

Jouets, peintures, détergents, produits pharmaceutiques,etc… Les phtalates interviennent dans la fabrication d’un grand nombre de matériaux et de produits. Pourtant, ils altèrent les fonctions de reproduction chez le rat et sont soupçonnés de détériorer la fertilité humaine. Une nouvelle étude parue dans Human Reproduction conforte cette hypothèse : des testicules d’adultes humains exposés in vitro à ces composants produisent 30 % de moins de testostérone que des testicules non exposés.

 A en croire de nombreux travaux, la production spermatique est en baisse en certains endroits du monde où les hommes produiraient deux fois moins de spermatozoïdes que leurs grands-pères au même âge. Plusieurs arguments scientifiques plaident en faveur d’une exposition croissante à différents polluants environnementaux. Parmi eux, les phtalates sont largement montrés du doigt. Produits en grandes quantités par les industries des plastiques, ils rentrent dans la fabrication de produits courants comme les adhésifs, les revêtements de sol en vinyle, les détergents, les produits pharmaceutiques, les câbles électriques ou encore les huiles lubrifiantes.

 Des preuves chez le rat, moins chez l’homme

 L’impact des phtalates sur les fonctions reproductrices a fait l’objet de très nombreux travaux, surtout chez le rat. Les résultats montrent que ces composants entrainent des anomalies de l’appareil uro-génital et une baisse de la testostérone chez le fœtus. Ils altèrent aussi la production de sperme ou encore de testostérone chez des adultes. Chez l’homme, les conclusions sont beaucoup plus hétérogènes et contradictoires. Selon l’expertise collective « Reproduction et environnement » de l’Inserm parue en 2011, le lien entre exposition aux phtalates et paramètres du sperme est par exemple controversé.

 Un impact discuté sur la production de testostérone

 Une concentration élevée de phtalates dans les urines semble néanmoins souvent associée à de faibles taux de testostérone. Pour en savoir plus, une Unité mixte de recherche gamétogenèse et génotoxicité INSERM-CEA- Université Paris Diderot avait soumis in vitro en 2008 des testicules de fœtus humains à un phtalate largement répandu (DEHP) et son métabolite actif (MEHP). Leurs résultats avaient montré que ces produits réduisent le nombre des cellules germinales fœtales mais pas la production de testostérone (2). Une autre étude d’une équipe anglaise utilisant des testicules fœtaux plus âgés concluait également à l’absence d’effet sur la production de testostérone fœtale (3).

Nouveau rebondissement avec une récente étude publiée dans Human Reproduction et menée par une équipe de l’Inserm (U1085-Institut de recherche santé, environnement et travail, Rennes). Elle montre que les phtalates cités ci-dessus altèrent la production de testostérone mais chez l’adulte. Pour cela, les auteurs ont cultivé cette fois des testicules d’adultes et les ont exposés au DEHP et au MEHP. Leurs résultats montrent que ces composants réduisent de 30 % la production de testostérone par rapport à des testicules non exposés et cela, à des doses équivalentes à celles retrouvées chez des personnes normalement exposées. « Dans les testicules humains adultes, le DEHP est métabolisé en produit actif dont le MEHP et le 50H-MEHP qui ont des effets directs sur la production de testostérone », confirme Bernard Jégou, responsable de l’étude et directeur de l’unité U1085. Pour lui, « ces résultats confirment de précédentes données épidémiologiques et interpellent sur les conséquences de ces composants sur la santé ».

 Des mesures de prévention encore insuffisantes

 A ce jour et compte tenu des données disponibles chez l’animal, la Commission européenne a déjà promulgué des interdictions et des restrictions d’usage du DEHP dans la production des jouets et articles pour enfants, dans les produits cosmétiques ou encore dans les matériaux de contact alimentaire mais « il a été et est encore tellement utilisé qu’il est présent partout dans l’environnement, l’air, l’eau, la nourriture, rappelle Bernard Jégou. A ce titre, les degrés d’exposition restent importants ».

 Source : Inserm

(1) Desdoits-Lethimonier C, Albert O, Le Bizec B, Perdu E, Zalko D, Courant F, Lesné L, Guillé F, Dejucq-Rainsford N, Jégou B.
Human testis steroidogenesis is inhibited by phthalates. Hum Reprod. 2012 March 8

 (2) Lambrot R, Muczynski V, Lécureuil C, Angenard G, Coffigny H, Pairault C, Moison D, Frydman R, Habert R, Rouiller-Fabre V.
Phthalates impair germ cell development in the human fetal testis in vitro without change in testosterone production. Environ Health Perspect. 2009 Jan;117(1):32-7

 (3) Hallmark N, Walker M, McKinnell C, Mahood IK, Scott H, Bayne R, Coutts S, Anderson RA, Greig I, Morris K, Sharpe RM.
Effects of monobutyl and di(n-butyl) phthalate in vitro on steroidogenesis and Leydig cell aggregation in fetal testis explants from the rat: comparison with effects in vivo in the fetal rat and neonatal marmoset and in vitro in the human. Environ Health Perspect. 2007, Mar;115(3):390-6

Rendez-vous sur Hellocoton !

5 avril 2012