Afin de mieux comprendre comment « l’industrie chimique empoisonne notre assiette », Arte diffusera le mardi 15 mars à 20h40 une nouvelle grande enquête de Marie-Dominique Robin : “Notre poison quotidien”. Entretien avec la réalisatrice et explications sur le cancer, les produits chimiques , les pesticides, la réglementation, les additifs et les plastiques alimentaires.

Au cours des 30 dernières années, le cancer, les maladies neurologiques (Parkinson et Alzheimer) ou auto-immunes, le diabète et les dysfonctionnements de la reproduction n’ont cessé de progresser. Comment expliquer cette inquiétante épidémie, qui frappe particulièrement les pays dits « développés » ? C’est à cette question que répond Notre poison quotidien, fruit d’une enquête de deux ans en Amérique du Nord, en Asie et en Europe. S’appuyant sur de nombreuses études scientifiques, mais aussi sur les témoignages de représentants des agences de règlementation – comme la Food and Drug Administration (FDA) américaine ou l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) –, le film montre que la cause principale de l’épidémie est d’origine environnementale : elle est due aux quelques 100 000 molécules chimiques qui ont envahi notre environnement, et principalement notre alimentation, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Cette grande enquête retrace le mode de production, de conditionnement et de consommation des aliments, depuis le champ du paysan (pesticides) jusqu’à notre assiette (additifs et plastiques alimentaires). Elle décortique le système d’évaluation et d’homologation des produits chimiques, à travers les exemples des pesticides, de l’aspartame et du Bisphénol A (BPA), et montre qu’il est totalement défaillant et inadapté. Elle raconte les pressions et les manipulations de l’industrie chimique pour maintenir sur le marché des produits hautement toxiques. Enfin et surtout, elle explore les pistes permettant de se protéger en soutenant ses mécanismes immunitaires par la nourriture, ainsi que le démontrent de nombreuses études scientifiques (décriées par l’industrie pharmaceutique).
> NOTRE POISON QUOTIDIEN. Un documentaire de Marie-Monique Robin (son blog) ; Une coproduction : ARTE France, Ina (2010-1h55)
Diffusion mardi 15 mars 2011 à 20.40 sur Arte. Le documentaire sera suivi d’un débat en présence de Marie-Monique Robin.

Pour mieux comprendre

Le cancer :
> D’après l’INSERM, en France, le taux d’incidence du cancer a augmenté de 63% entre 1980 et 2000. Si l’on tient compte des changements démographiques (augmentation et vieillissement de la population française), l’augmentation du taux d’incidence depuis 1980 est estimée à +35 % chez l’homme et +43 % chez la femme. Le cancer de la prostate est aussi le plus fréquent de tous les cancers et celui dont le taux d’incidence a le plus augmenté entre 1980 et 2005 (+6,3 %). Son augmentation annuelle est encore plus marquée entre 2000 et 2005 (+8,5 %). Le cancer du sein demeure le cancer le plus fréquent chez la femme avec +2,4 % par an entre 1980 et 2005.
> Le cancer est aujourd’hui dans notre pays la deuxième cause de mortalité après les maladies cardiovasculaires et la première chez les hommes. Le taux de mortalité du cancer a augmenté de 262% entre 1950 et 1988, et de 20% entre 1980 et 2000. Le pourcentage de décès est passé de 3,5% en 1906, à 7% en 1920, et à près de 30% en 2000. Aujourd’hui 1 homme sur 3 et 1 femme sur 4 meurent du cancer en France.
> D’après l’OMS, chez les enfants européens (0-14 ans), la progression du taux d’incidence du cancer a été de 1% par an au cours des trois dernières décennies, et de + 1,5 % pour les adolescents (15-19 ans).
> Selon l’OMS, 10% des cancers seraient dus à une exposition professionnelle. Chaque année en France, de 11 000 à 23 000 nouveaux cas de cancers sont attribuables aux conditions de travail.
> L’explosion des cancers touche particulièrement les «pays industrialisés». En revanche dans les pays émergents comme l’Inde, l’incidence des vingt cancers les plus courants en Occident y est de 10 à 30 fois inférieure.

Les produits chimiques :
> D’après l’Institut national de la recherche et de la sécurité (INRS), la France a consommé en 2005, 4,8 millions de tonnes d’agents chimiques considérés comme cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR). Pour dix substances, la consommation était supérieure à 100 000 tonnes par an.
> Le volume de susbtances chimiques produites dans le monde est passé de 1 million de tonnes, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, à 400 millions de tonnes annuelles.
> Sur les 100 000 produits chimiques commercialisés depuis 1945 seulement 3% ont été testés, et 935 ont été évalués par le Centre international de la recherche sur le cancer (CIRC).

Les pesticides :
> D’après l’OMS, chaque année, 1 à 3 millions de personnes sont victimes d’intoxication aigüe par les pesticides et plus de 200 000 en meurent.
> La France représente le premier utilisateur européen de pesticides, avec une consommation annuelle d’environ 80 000 tonnes.
> A ce jour, la Mutualité Sociale agricole a accordé le statut de maladie professionnelle à une trentaine d’agriculteurs malades, dont 10 pour la maladie de Parkinson. Les cancers susceptibles d’être reconnus en maladie professionnelle sont les cancers du système lymphatique (leucémies, lymphomes), les myélomes, les cancer du cerveau, de la prostate, de la peau, du foie et du pancréas.
> Le marché annuel des pesticides représente 25 milliards d’Euros.

La règlementation :
> La DJA, (Dose Journalière Admissible) est la quantité d’additifs alimentaires qui peut être ingérée quotidiennement, et pendant toute une vie, sans aucun risque. Elle est calculée à partir de la NOAEL (Dose sans effet toxique observé), divisée par un facteur de sécurité de 100. Elle s’exprime en mg de produit / jour / poids corporel.
> La LMR (Limite Maximale de Résidu) est la quantité de résidus d’un pesticide autorisée sur une denrée alimentaire.
> La DJA et les LMR sont fixées par le Codex Alimentarius (organisme qui dépend de la FAO et de l’OMS) sur les recommandations du Comité mixte des experts sur les additifs alimentaires (JECFA), et aussi par le Comité mixte sur les résidus de pesticides (JMPR). L’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) fixe ses propres DJA et LMR.
> En Europe, quelques 400 molécules sont autorisées et 140 000 tonnes sont pulvérisées chaque année. Chaque pesticide a sa DJA et ses LMR pour chaque catégorie de produit agricole. Ce n’est qu’en juin 2009 que l’EFSA a publié son premier rapport annuel sur les résidus de pesticides.
> 75 000 aliments ont été prélevés dans les 27 pays de l’Union européenne. Au total, 354 pesticides ont été détectés dans les fruits et légumes et 72 sur les céréales. Dans un quart des échantillons, on a retrouvé les résidus d’au moins deux pesticides.

Les additifs alimentaires :

> 300 additifs alimentaires sont actuellement autorisés en Europe.
> L’aspartame est un édulcorant de synthèse, que l’on retrouve dans au moins 6000 produits de consommation courante (nom de code : E 951). Sa DJA est de 40 mg/kg de poids corporel.

Les plastiques alimentaires :
> Chaque Européen utilise, en moyenne, 92 kg de plastiques par an. 40% proviennent de l’emballage des aliments.
> La production annuelle du Bisphénol A (BPA) s’élève à 3 millions de tonnes. La DJA du Bisphénol A a été fixée à 0,05 mg par kilo de poids corporel.
> Depuis 10 ans, plusieurs centaines d’études ont été publiées montrant des effets du BPA à des doses très faibles, parfois 5000 fois inférieures à la DJA.
> Lors de son quatrième rapport de «biomonitoring» (2009), le Centre pour le contrôle des maladies d’Atlanta (CDC) a détecté les traces de 212 substances chimiques dans le sang et les urines des 2400 Américains testés, avec en tête, le Bisphénol A et de nombreux pesticides.

Entretien avec Marie-Monique Robin :

Trois ans après Le monde selon Monsanto, comment ce projet a-t-il émergé ?
” Lorsque j’enquêtais sur Monsanto, trois questions me venaient régulièrement à l’esprit. La première : d’autres firmes produisant des substances chimiques se comportent-elles comme Monsanto ? Ensuite, existe-t-il un lien possible entre l’exposition aux produits chimiques et les maladies neurodégénératives, les troubles de la reproduction et ce que l’Organisation mondiale de la Santé appelle «l’épidémie de cancers ?» La troisième question, évidemment, était de savoir comment sont réglementés ces produits.”

Comment avez-vous procédé pour trouver des réponses ?
“Dans un premier temps, j’ai passé des mois à faire le tour de la littérature scientifique sur les pesticides, les plastiques et les additifs alimentaires, puis j’ai contacté des experts et les centres de recherche les plus respectés. C’était un travail d’une grande importance car c’est un sujet controversé. Certains n’hésitent pas à dire qu’il n’y a aucun lien entre les maladies chroniques évoquées précédemment et les pesticides. Or, je suis en mesure d’affirmer le contraire. Prenez le cas des agriculteurs. Aujourd’hui, la Mutualité Sociale Agricole reconnaît comme maladies professionnelles certains cancers ou pathologies neurologiques telle que Parkinson, dont ils sont victimes. La deuxième étape, plus délicate, était de savoir si le consommateur, qui ingère des aliments sur lesquels il y a des résidus de pesticides, est également en danger. C’est ainsi que je me suis intéressée au processus de règlementation, qui est d’une grande complexité.”

Avez-vous rencontré des difficultés lors des nombreux entretiens que vous avez menés ?
” Je n’ai pas eu de mal à convaincre les scientifiques de parler. En revanche, lorsque j’ai contacté la Food and Drug Administration ou l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), j’ai senti qu’elles n’étaient qu’à moitié rassurées ! Mais elles ont fini par me recevoir. Bien souvent, les agences de règlementation font du mieux qu’elles peuvent même si, quelque part, elles savent que ça ne sert pas à grand-chose. Pour contrecarrer le discours officiel, j’ai épluché leurs sites internet et j’ai essayé de les mettre face à leurs contradictions, de les pousser dans leurs retranchements. Finalement, cela n’a pas été difficile…”

À quelles conclusions êtes-vous arrivée ?
” J’ai pu constater que le système de règlementation est totalement inopérant. Il ne sert à rien et ne nous protège pas ! Plusieurs raisons l’expliquent. La règlementation est fondée sur les études de toxicité produites par les entreprises. Et comme Monsanto, la plupart d’entre elles mentent et trichent ! De plus, chaque substance est prise individuellement. Il faut savoir que 100 000 produits chimiques sont apparus depuis la Seconde Guerre mondiale, mais on n’a jamais évalué les conséquences de ces produits lorsqu’ils sont mélangés, que l’on nomme l’effet-cocktail. Aujourd’hui, il y a du poison partout, qui rentre dans la nourriture, et on essaie simplement de faire en sorte que les gens ne tombent pas raides morts tout de suite ! Au bout d’un moment, vous finissez pourtant par développer des maladies. Certains cancers sont plus fortement représentés et touchent de manière frappante les pays industrialisés. Ce sont des maladies de la civilisation liées à la pollution chimique. Les femmes enceintes et leurs enfants sont particulièrement en danger. Il faut donc tout reprendre à zéro, forcer le retour à une agriculture non chimique, et replacer la santé au cœur du processus. C’est un choix politique difficile car l’enjeu économique est énorme. Mais c’est possible, et c’est urgent !”

> Retrouvez l’intégralité de l’interview vidéo sur http://arte.tv/notre-poison-quotidien
Visionnez la bande annonce de l’enquête :


Source : Arte

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