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Violence à l’école élémentaire: « des enfants heureux… ou presque »

L’UNICEF France rend publique l’enquête « A l’école des enfants heureux… ou presque » (1) réalisé à sa demande par l’Observatoire international de la violence à l’école. Cette enquête exceptionnelle par son approche et son ampleur constitue une première en France : menée à l’échelle nationale auprès de 13 000 enfants, elle s’intéresse au climat et à la violence scolaire dans le cycle 3 (CE2, CM1, CM2) de l’école élémentaire.

Loin d’une compilation de données statistiques issues de l’administration, il s’agit d’une enquête de victimation qui s’intéresse avant tout au ressenti des enfants. Son auteur, Eric Debarbieux, chercheur et directeur de l’Observatoire international de la violence à l’école, s’est associé à Georges Fotinos, ancien inspecteur général de l’Education Nationale et membre du Conseil d’administration de l’UNICEF France, pour coordonner ce travail, ainsi que sur une équipe de chercheurs issus de 7 universités françaises.

Tantôt fantasmée, tantôt niée, la violence scolaire en primaire n’avait jusqu’à maintenant jamais été explorée de manière aussi approfondie. Compte-tenu de l’importance de l’école primaire dans la construction et le développement des enfants, il était primordial pour l’UNICEF France de prendre l’initiative de cette étude.

9 élèves sur 10 affirment se sentir bien ou tout à fait bien
Les résultats qui en ressortent sont à la fois réjouissants et préoccupants. En moyenne, 9 élèves sur 10 affirment se sentir bien ou tout à fait bien à l’école et la même proportion avoir de bonnes ou très bonnes relations avec les enseignants. Cependant, derrière ce plébiscite se cache une importante minorité d’enfants pour lesquels l’école est un lieu de violences et de souffrance. 17% disent avoir été frappés souvent ou très souvent par d’autres élèves. Le nombre de victimes de harcèlement verbal ou symbolique est estimé à environ 14% des élèves, dont 8% victimes d’un harcèlement assez sévère à sévère. 10% des élèves interrogés se disent victimes de harcèlement physique à l’école, dont 5% d’un harcèlement sévère. Le taux de victimes d’un harcèlement qui cumule violences répétées physiques et verbales à l’école peut être estimé à près de 12% des élèves, dont près de 5% sont victimes d’un harcèlement sévère.

L’enquête fait apparaître que les catégories de victimation sont fortement liées : une victime d’un quelconque type de harcèlement (verbal, symbolique, physique) est bien plus souvent victimes de violences d’appropriation ou à connotation sexuelle. Est également souligné le lien qui peut exister entre harcèlement et jeux dangereux : 6% des non victimes disent avoir joué au jeu du foulard contre plus de 38% des victimes de harcèlement sévère.

Même si les élèves ont une perception globalement positive ou très positive de leur professeur et que les violences rapportées s’exercent majoritairement entre pairs, un peu plus de 13% des répondants estiment avoir été rejetés par un enseignant et 4,6% avoir subi des attitudes racistes de la part d’un adulte dans leur école.

Eric Debarbieux rappelle dans sa conclusion la gravité des conséquences de ce(s) harcèlement(s) sur les enfants, tant aux plans psychologique que scolaire : décrochage scolaire, absentéisme, perte d’estime de soi, tendances dépressives ou suicidaires de long terme. Il émet une préconisation « massive » : « centrer la lutte contre la violence à l’école par une action en profondeur sur le harcèlement entre pairs est primordial ».

Avec cette enquête, l’UNICEF France dispose d’un solide outil pour rendre visible cette situation, alerter les pouvoirs publics et la communauté éducative. « C’est le préalable à l’action que nous appelons de nos vœux. Celle-ci devra être orientée vers la prévention de cette violence, dans l’intérêt supérieur de l’enfant », explique Jacques Hintzy, président de l’UNICEF France. « Nous sommes vigoureusement opposés au fichage des enfants ainsi qu’aux théories fumeuses sur le déterminisme qui condamnent les enfants en difficultés dès leur plus jeune âge. Nous plaidons au contraire pour des mesures de prévention, basées sur la formation du corps enseignant, la sensibilisation des parents et la prise en compte de l’enfant, conformément à la Convention internationale des droits de l’enfant ».

L’UNICEF France recommande également la valorisation de certaines expérimentations, menées en France comme à l’étranger, qui ont montré leur efficacité, et la mise en place de programmes pilote adaptés à la réalité française et dûment évalués. A cette fin, l’UNICEF France s’engage à inscrire ces priorités d’action dans son partenariat avec le MEN fixé par un accord-cadre quinquennal. L’UNICEF France invite aussi le Ministère de l’éducation nationale à la constitution d’un groupe de travail pluridisciplinaire, rassemblant toutes les composantes de la communauté éducative, chargé de promouvoir et de développer la mise en œuvre de ces programmes.

(1) L’enquête a été réalisée grâce au soutien financier de Nutriset.

Rapport, synthèse et recommandations de l’UNICEF France téléchargeable sur www.unicef.fr

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29 mars 2011