À l’occasion de la Journée européenne d’information sur les antibiotiques 2012, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) conseille au public d’utiliser des antibiotiques uniquement sur ordonnance d’un médecin. En effet, l’autoprescription d’antibiotiques stimule l’épidémie de superbactéries dans la Région européenne.

Selon une enquête menée par l’OMS au niveau mondial, plus de la moitié de tous les médicaments, dont les antibiotiques, sont prescrits, délivrés ou vendus de façon inappropriée, et près de la moitié des patients ne prennent pas correctement leurs médicaments. « De telles pratiques entraînent un développement de la résistance aux antibiotiques, et donc une diminution du nombre d’antibiotiques efficaces. En outre, il est alarmant de constater qu’aucune nouvelle classe d’antibiotiques n’a été découverte au cours de ces 25 dernières années et ce, malgré les efforts de recherche dans ce domaine », souligne l’OMS.

« Depuis leur découverte il y a plus de 70 ans, les antibiotiques ont permis à la plupart d’entre nous de rester en vie en guérissant les infections bactériennes qui, autrement, auraient pu être fatales. Le recours aux antibiotiques, et aux vaccins, a permis de rallonger la durée de vie de 20 ans en moyenne », explique Mme Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l’OMS pour l’Europe. « Si nous voulons conserver ce miracle médical, nous devons parfaitement comprendre quand les antibiotiques agissent et quand ils n’agissent pas, et prendre par conséquent les mesures qui s’imposent. »

Si les conséquences de l’usage excessif et abusif des antibiotiques font l’objet d’une plus forte prise de conscience au niveau mondial, c’est beaucoup moins le cas dans les pays où ces substances ne sont pas autant réglementées et peuvent être obtenues en vente libre, sans ordonnance : soit dans deux pays sur trois de la partie orientale de la Région européenne de l’OMS.

Le problème n’entraîne pas seulement d’énormes conséquences sur la santé, mais aussi un important impact économique tant pour les individus que pour la société. En effet, les infections résistantes peuvent être jusqu’à 100 fois plus coûteuses à traiter. On observe déjà des infections incurables ou difficiles à traiter dans la Région européenne. Chaque année, plus de 80 000 personnes contractent une tuberculose résistante aux antibiotiques. Certains pays européens développés ont récemment signalé des cas de gonorrhée résistante aux céphalosporines, d’ailleurs extrêmement difficiles à soigner.

La résistance aux carbapénèmes

Dans ce domaine, l’une des principales menaces qui pèsent aujourd’hui sur la Région est la propagation des bactéries de plus en plus résistantes aux antibiotiques de la famille des carbapénèmes. Ces substances constituent le seul remède à plusieurs maladies graves, comme celles provoquées par la bactérie multirésistante Escherichia coli. Les souches virulentes d’E. coli peuvent causer des gastroentérites, des infections des voies urinaires et des affections plus graves, comme la méningite, le syndrome hémolytique et urémique, la septicémie et la pneumonie. Au cours de ces deux dernières années, la résistance aux carbapénèmes est apparue dans plusieurs pays de l’Union européenne (UE), compromettant ainsi la capacité de traitement des patients. On assiste en outre à une aggravation de la situation en raison de la transmission facile de ces bactéries résistantes d’un patient à l’autre, et de leur introduction croissante en Europe à partir de pays où ces bactéries sont répandues.

Le recensement et la cartographie de l’usage des antibiotiques et de la résistance constituent un élément clé du Plan d’action stratégique européen sur la résistance aux antibiotiques, approuvé par tous les États membres de la Région en 2011. Le 30 octobre 2012, l’OMS/Europe a signé un accord avec l’Institut national néerlandais pour la santé publique et l’environnement (RIVM) et l’European Society of Clinical Microbiology and Infectious Diseases (ESCMID) en vue d’étudier, d’endiguer et de prévenir l’émergence et la propagation de la résistance aux antibiotiques dans les pays de la Région, qui ne sont pas membres de l’UE. Cette initiative complète la surveillance menée dans les pays de l’UE par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) par l’intermédiaire du Réseau européen de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (EARS-Net). Un réseau de surveillance harmonisé et coordonné dans tous les pays de la Région européenne est essentiel pour protéger la santé face à une menace transfrontalière.

Source : OMS

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