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Le manganèse dans l’eau pourrait nuire au développement intellectuel chez l’enfant

Selon une recherche de Maryse Bouchard, chercheure au Département de santé environnementale et santé au travail de l’Université de Montréal et au CHU Sainte-Justine, le manganèse dans l’eau potable provenant des nappes phréatiques est associé à des problèmes de développement intellectuel chez les enfants.

Jusqu’à aujourd’hui, les chercheurs se sont très peu intéressés au manganèse parce que nous en avons besoin pour vivre et qu’il est réputé peu dangereux à faible concentration. Mais cette situation pourrait changer. «Nous en absorbons par notre nourriture et le corps régule sa concentration dans l’organisme. Mais à forte dose, il devient neurotoxique et cause des troubles semblables à la maladie de Parkinson: désordre moteur, déficit de mémoire, et symptômes dépressifs », explique Maryse Bouchard.
Ces effets neurotoxiques du manganèse sont bien connus en milieu de travail, où l’exposition se fait à des particules inhalables de manganèse. Or, certaines zones géographiques ont des concentrations élevées de Mn dans les aquifères. Pourtant, on ignore tout des conséquences que peut avoir cette forme d’exposition, particulièrement chez les enfants, qui sont souvent plus vulnérables à l’exposition aux substances neurotoxiques (comme c’est le cas pour le plomb et le mercure).

Déficit cognitif


Maryse Bouchard a donc réalisé la première étude à porter à la fois sur des enfants et sur des concentrations de manganèse dans l’eau potable considérées comme acceptables. Son échantillon était composé de 362 enfants âgés de 6 à 13 ans et venant de huit municipalités choisies en fonction de concentrations variées de manganèse dans leur réseau d’aqueduc. Ce métal est présent de façon naturelle dans l’eau de source souterraine et la teneur de l’eau en manganèse varie en fonction de la composition des couches géologiques.

Les chercheurs ont notés des effets à des concentrations bien inférieures à 200 microgrammes par litre, ce qui est sous le seuil de 400 microgrammes établi par l’OMS comme étant sécuritaire et à celui de 300 microgrammes déterminé par les services de santé américains.
Différentes mesures cognitives et comportementales ont été effectuées auprès des enfants : QI, mémoire, attention, motricité, impulsivité et dextérité.
Les résultats indiquent que plus l’exposition au manganèse est élevée, plus les enfants éprouvent des problèmes de coordination motrice et de mémoire à court et à long terme. Pour le QI non verbal, un écart de 6,6 points est observé aux deux extrémités de l’échantillon, au détriment, bien sûr, des enfants exposés aux concentrations les plus grandes.

«C’est énorme ! », déclare Maryse Bouchard. L’étude a également pris en compte de nombreuses variables tels les revenus et la scolarité des parents ainsi que le QI de la mère. La corrélation entre l’exposition au manganèse et les résultats aux tests est par ailleurs étayée par la mesure du niveau de manganèse dans les cheveux des enfants : plus ce niveau est élevé, plus les performances évaluées sont faibles.

Le manganèse présent dans les aliments, notamment dans les grains de céréales, les noix, les légumes verts et le thé vert, a aussi été pris en considération. La bonne nouvelle, c’est que cette source de manganèse n’est pas corrélée avec les déficits cognitifs ou de motricité. «Le manganèse alimentaire n’est probablement pas absorbé par l’organisme de la même façon que celui qui se trouve dans l’eau», conclut la chercheure.

En France des règles plus strictes qui protègent mieux


En France, c’est le Décret 2001–1220 du 20 décembre 2001 « relatif aux eaux destinées à la consommation humaine à l’exclusion des eaux minérales naturelles », qui fixe les valeurs indicatives du manganèse. La valeur indicative pour la France, comme pour l’Europe, est fixée à 50 microgrammes par litre (Mn).

«Nos résultats révèlent un effet linéaire qui débute dès qu’il y a du manganèse décelable, affirme-t-elle. Si l’on considère qu’un risque de perte de cinq points de QI est un risque acceptable, il faudra abaisser le seuil à 140 microgrammes par litre. Aux États-Unis, 8 % des puits privés et 11 % des aqueducs publics dépassent cette concentration et nous n’avons pas de données pour le Canada.»
Quant aux carafes filtrantes fonctionnant à base de charbon actif et de résine, elles parviennent à bloquer près de 70 % du manganèse, à condition de respecter les normes du fabricant.

Ces travaux, qui ont figuré parmi les 10 découvertes de l’année 2010 du magazine Québec Science, sont publiés dans le numéro de janvier de la revue Environmental Health Perspectives.

Source : Université de Montréal

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18 février 2011